" Celui qui, un jour, a été saisi par la douleur du monde ne peut plus retrouver le bonheur, au sens où l'homme le conçoit. Même aux heures qui lui apportent satisfaction et joie, il ne peut plus en jouir sans réserve car la douleur des autres qu'il a partagée est là : ce qu'il a vu reste présent à ses yeux. " " Je ne peux pas m'empêcher de respecter tout ce qui vit, je ne peux pas m'empêcher d'avoir de la compassion pour tout ce qui vit : voilà le commencement et le fondement de toute éthique. Celui qui a fait un jour cette expérience et ne cesse de la refaire — et d'ailleurs celui qui en a pris conscience une fois ne peut plus l'ignorer — celui-là est un être moral. Il porte en lui le fondement de son éthique, il ne peut la perdre et elle grandit et se renforce en lui. Celui qui n'a pas acquis cette conviction n'a qu'une éthique apprise, sans fondement intérieur, qui ne lui appartient pas et qui peut se détacher de lui et tomber. " Albert Schweitzer

Oser être heureux serait aujourd’hui à la fois indécent et immoral ?

Oser être heureux serait pour les imbéciles sans conscience sans compassion ?

Spinoza pense le contraire, et moi avec. Le bonheur c’est la santé personnelle et celle du monde.

Sans avoir d'éthique apprise et vide de sens j'ai une éthique de la joie celle de Spinoza que je cultive au quotidien..

Les mots d'un auteur ne peuvent justifier la tristesse. La tristesse n’est pas l’apanage de ceux qui ont su toucher par leur grande compassion la tristesse du monde vivant.

Trouver un équilibre aujourd'hui n'est pas chose aisée parfois même parfaitement ingrate. Personnellement et par éthique aussi je ne renonce pas. Quelque soit la mort, la peine, il y a une attitude morale qui est celle de souffrir le moins possible et de toujours tendre vers la joie... La tristesse n’est ni morale ni réservé aux gens intelligents…

Je brave bien des voix jusqu’au bonheur, parce que tout la tristesse ambiante nous invite à être tristes et intelligents.

Il faut avoir un certain courage pour se maintenir la tête hors de l’eau ou trouver une joie durable ou même donner le change avec un sourire ponctuellement…

J’ai connu des désespoirs plus grands que ma force d’extraction, mon pouvoir de m’enthousiasmer. J’ai alors mendié l’amitié, une voix, un secours quelconque. Maintenant je connais la valeur du secours qui est la vie. Maintenant je connais la valeur de la joie et de l’amitié. Maintenant je connais la valeur de l’humilité, la dureté du désespoir. Je sais que je suis fragile et éphémère, insignifiant aussi. J’ai échappé de peu à la mort trois fois au moins et avec elle à la tristesse au fond. Nul ne pourra m’entraîner dans sa chute. Je m’entourerai du dernier idéaliste, du dernier ami, de la dernière joie humaine et nous aurons certes conscience que le bateau coule mais nous jouerons du violon et pas d’une joie feinte et moqueuse. Car la joie n’est pas la politesse du désespoir.

A contrario le nihilisme n'est pas ma tasse de thé. A quoi peut bien servir une peine indélébile ? En quoi cela peut-il être moral ? Je suis habité par une fracture permanente mais je me soigne à l’infini par tous les moyens à ma disposition (la fuite en avant, les médicaments, l’amitié, l’amour, la capacité à habiter le présent). A aucun moment je ne suis dans le déni de tout ou du moins du reste du monde. Pour autant je tente de ne pas me laisser envahir et coloniser par le coté obscur de la Force…

Je m’empoissonne par la vie. Je vie et vivre me tue. Je me tue de joie, d’amour, d’amitié, d’intelligence, de projets, je meurs comme tous ceux qui ont choisi la tristesse. Mais choisissons nous vraiment d’être tristes ou joyeux durablement ? Pas toujours je crois et c’est aussi ce qui me rends humble… De là à dire que c’est une éthique, être moral…